En ce mois de septembre 2026, les deux risques majeurs à avoir à l’esprit sont l’évolution de l’inflation, des taux courts et longs ainsi que des politiques monétaires des grandes banques centrales d’une part et l’évolution de la « galaxie IA » d’autre part. Les interférences entre les deux points sont nombreuses.
Inflation :
La croissance mondiale n’est guère flamboyante, ni aux États-Unis, ni en Europe ni ailleurs et pourtant nous assistons à une résurgence de l’inflation. Le premier facteur est évidemment le cours du baril avec le conflit États-Unis / Iran qui freine considérablement le détroit d’Ormuz. Le pire ne s’est pas produit (certains annonçaient à tort un baril à 150 $ ou 200 $ en cas de conflit prolongé) mais nous avons un baril de Brent évoluant dans un couloir 80$ / 100$ contre moins de 60 $ en début d’année. Le détroit d’Ormuz n’a plus l’importance stratégique qu’il avait au siècle dernier mais reste un lieu de passage clé pour le transport pétrolier.
Pourquoi le pire ne s’est pas produit? Les Etats-Unis, grâce au pétrole de schiste, sont auto suffisants et même exportateurs de brut tandis que les pays du golfe ont développé des infrastructures terrestres permettant de moins dépendre d’un détroit contrôlé par l’Iran. Ajoutons une croissance 2026 modeste et le développement d’énergies non carbonées. Tout cela explique la « non fin du monde ». Ayons de plus en tête, qu’à terme, le prix du baril ne peut que refluer avec une demande qui va se stabiliser et finir par baisser avec la décarbonation de l’économie mondiale tandis que l’offre potentielle de pétrole reste, et pour longtemps, largement au dessus des besoins. Rien qu’au Venezuela, les réserves exploitables dorénavant par les Etats-Unis sont de 65 milliards de barils et les réserves totales seraient de 300 milliards de barils !
Mais une hausse de 20$ à 40$ depuis le début de l’année reste majeure et loin d’être indolore tant pour les ménages que pour les entreprises. Sur les 20 millions de barils qui transitaient par le détroit, on estime qu’environ la moitié, soit 10 millions, arrivent à passer « sous les radars » et que 3 ou 4 millions passent en plus par les infrastructures terrestres. Il reste un déficit d’environ 7 millions de barils / jours et des coûts d’acheminement supérieurs qui expliquent le maintien d’un prix du baril élevé.
La prise de contrôle, mi septembre, par les rebelles Houtis du détroit de Bab-el-Manded donnant accès à la mer rouge complique encore la situation. Pour le moment, ces rebelles, affiliés à l’Iran, ne bloquent « que » les navires en provenance d’Arabie Saoudite et Donald Trump s’est bien gardé de bombarder la zone, refusant d’ouvrir ainsi un nouveau front. Situation à surveiller mais qui ne peut que pousser le prix du baril à se maintenir en haut du « range » pour les semaines à venir.
Autre facteur qui pousse le prix du baril à la hausse depuis quelques semaines : le conflit entre Russie et Ukraine. Aucun des deux pays n’arrive à se protéger de l’autre et chacun frappe les infrastructures énergétiques de son adversaire. L’Ukraine, avec le développement massif de drones particulièrement efficaces, cible notamment et avec succès les infrastructures de raffinage de la Russie. Le pays, si riche en hydrocarbures, subit une pénurie à la pompe de produits raffinés. La flambée du cours du diesel au niveau mondial s’explique en partie par la destruction des capacités de raffinage russes pour ce carburant. Donald Trump prétend même que ce conflit impacte plus que la guerre en Iran le cours du diesel et demande de la retenue aux belligérants.
Autre facteur inflationniste (aujourd’hui car cela sera l’inverse à terme) : l’intelligence artificielle. La folle course aux armements des géants de la tech pour avoir les modèles les plus puissants a entraîné une très forte hausse notamment des semi conducteurs. Si les services IA ne constituent pas encore un budget majeur pour les ménages, les conséquences sur toute une série de secteurs contenant des semi conducteurs sont très importantes. Il suffit de regarder la flambée des prix des téléphones portables ou des ordinateurs !
L ‘inflation plus importante que prévu alors que la croissance est loin d’être explosive ne simplifie pas le travail de nos amis banquiers centraux. Commençons par la FED : le nouveau président de la FED, Kevin Warsh, a adopté une approche différente de la « forward guidance » (la FED prévenant le marché de ce qu’elle allait faire!) qui régnait auparavant. Warsh doit gérer une inflation et un marché de l’emploi robuste, qui justifieraient des hausses de taux, et « l’amicale pression » de Donald Trump, qui l’a nommé, et exige en tous temps des baisses de taux drastiques. La BCE a des taux suffisamment bas pour agir avec moins de pression même si la situation économique de la zone euro n’est guère flamboyante avec une économie allemande qui souffre malgré le colossal plan de relance autour de l’industrie de défense qui ne peut compense le délitement de l’industrie allemande (à commencer par l’automobile!). Et ne parlons pas de la France qui, avec ses finances désastreuses et une moindre compétitivité (les deux facteurs étant liés, les prélèvements records et la crainte de l’avenir freinent les ardeurs des agents économiques), risque d’afficher une croissance proche de 0,3 % / 0,4 %.
Intelligence Artificielle
Comme toute révolution (et c’en est une!), l’évolution de l’IA suscite peurs et fantasmes. Les peurs sont aujourd’hui peu présentes, encore moins sur les marchés. Des signaux d’alerte commencent toutefois à apparaître. Beaucoup de spécialistes exerçant chez Anthropic (Claude) ou chez OpenAi (ChatGPT) craignent que dès la fin de l’année 2027, les modèles IA soient plus intelligents que n’importe quel humain et puissent échapper à leur créateur. Un scénario à la Frankenstein ! Un jeune chercheur, Jacob Coxon, qui travaillait pour Anthropic, et OpenAI par le passé a quitté son job pour ne pas contribuer à créer une IA nuisible au genre humain et pour exiger un contrôle beaucoup plus strict par les États des développeurs d’IA. Mais majoritairement, et particulièrement sur les marchés, nous sommes plutôt dans la phase « fantasmes ». et pour faire rêver les investisseurs, les développeurs américains n’ont de cesse d’aller toujours plus loin et plus vite afin de prendre les devants sur leurs concurrents, avec également la crainte que des modèles chinois ne les devancent. Nous assistons donc à une course aux armements qui nécessite des investissements colossaux sans garantie d’une réelle rentabilité future. C’est exactement ce qui s’est passé au début du siècle avec le développement exponentiel d’internet. La plupart des stars de l’époque ont soit disparu soit vu leur valorisation s’écrouler lorsque les investisseurs se sont rendus compte que les profits ne seraient pas ceux qu’ils avaient imaginés. C’est notamment la concurrence qui a permis d’offrir internet pour un prix accessible au plus grand nombre. Et nous sommes dans un environnement similaire avec l’IA. Les sociétés sont nombreuses à développer des modèles IA que l’on peut avoir gratuitement ou pour un coût somme toute modeste, sauf pour quelques IA professionnelles ciblées. Malgré les risques, les investissements se développent à une vitesse folle pour les raisons évoquées précédemment mais également parce que les financements semblent illimités. Ce qui est le plus inquiétant, c’est la manière dont sont financés tous ces investissements dans un système où des sociétés qui produisent « les pelles et les pioches » de l’intelligence artificielle financent les développeurs d’IA pour qu’ils achètent encore plus de leurs produits à des prix toujours plus élevés. On pense à Nvidia, la première capitalisation mondiale (supérieure à 5000 milliards de dollars!) qui est à la fois l’investisseur en capital et le banquier de nombre de ses clients. En plus des développeurs purs d’IA, d’autres géants de la tech plus classiques tels que Amazon, Alphabet, Meta ou Microsoft investissent des sommes colossales. Eux aussi en ont les moyens mais certains investisseurs commencent à se demander si les « pompes à cash » que sont ces « hyperscalers » américains n’investissent pas sans réelle perspective de rentabilité. Il y aussi des entreprises comme Oracle qui inquiètent vraiment car elles investissent beaucoup que ce que leurs profits leur permettent avec du coup un endettement jugé excessif si l’on regarde le cours de bourse depuis 1 an. Résumons : en début de chaîne, viennent les fournisseurs de semi-conducteurs et les producteurs d’énergie pour les data centers (l’IA c’est avant tout de la matière grise et énormément d’électricité!). Ensuite viennent les Nvidia et autres fournisseurs de composants pour l’IA. Enfin arrivent les développeurs d’IA (les « purs » comme OpenAI et Anthropic et les géants de la tech plus classiques cités précédemment). Toutes ces sociétés voient (à des niveaux certes différents) leurs cours de bourse flamber car l’argent coule à flot, ce qui permet d’alimenter l’usine à rêves. Que se passerait il si le marché commençait à douter de la rentabilité de tous ces capitaux investis ? Ou si une société importante et endettée se trouvait en défaut de paiement ? Ou si les investisseurs classiques que nous sommes tous prenaient peur ? Ou si les prêteurs que sont les banques et les fonds de dettes privées, victimes d’un défaut de paiement d’un acteur important de la galaxie IA, se retiraient ? Comme nous sommes, osons le dire, dans une forme de « pyramide de Ponzi », où l’argent coule à flot (sans que l’on connaisse la rentabilité future de ces colossaux investissements) et où tous les acteurs sont liés par des liens parfois incestueux comme nous l’avons vu (je te finance pour que tu m’achètes mes produits!), nous assisterions au mieux à un effondrement du cours des acteurs les plus solides et les moins endettés et à la disparition de tous les autres…comme en 2000 avec l’éclatement de la bulle Internet !
Que faire sur les marchés en septembre ?
Marchés obligataires :
Commençons par les marchés de taux qui sont moins volatils que les marchés actions et qui doivent donc retenir encore plus l’attention quand ils s’agitent, comme c’est le cas actuellement.
On débat beaucoup des taux courts avec l’action des banques centrales mais ce sont aujourd’hui les taux longs qui flambent littéralement partout sur la planète (aux Etats-Unis, en Europe, au Japon…).
Les facteurs explicatifs sont :
– la poussée inflationniste précédemment évoquée
– l’endettement des États qui s’emballe sans perspective de retour à des budgets maîtrisés. La situation calamiteuse de la France ne doit pas faire oublier les autres pays, à commencer par les Etats-Unis, dont les finances semblent hors de contrôle. Ajoutons que le temps des « quantitative easing » (les banques centrales achètent le « papier » sur le marché secondaire et maintiennent des taux anormalement bas) est révolu. On assiste juste de la part des États-Unis à beaucoup d’émissions de dettes à court terme pour racheter de la dette à long terme. Un bricolage qui n’est pas une stratégie d’avenir…
– un coût du capital de plus en plus élevé car les investisseurs ont jusque là préféré investir sur des marchés plus rentables, à commencer par les marchés actions. Ils ne veulent revenir sur l’obligataire que si les rendements sont attractifs et prennent bien en compte les facteurs de risque.
Les niveaux actuels des taux longs semblent constituer une réelle opportunité de moyen terme :
– les taux réels (inflation déduite) sont nettement positifs. Ce n’était pas du tout le cas il y a quelques années. L’OAT française 10 ans retrouve des niveaux plus atteints depuis 2008 ! Même si la France est le mauvais élève de la classe (le spread, soit l’écart de rendement avec les autres pays comparables, ne cessant de se creuser), tous les pays voient leur taux longs fortement progresser.
– Le marche n’est plus « aidé » par les banques centrales et la prime de risque est importante. Vu l’endettement des Etats, certains craignent, sans aller jusqu’à un défaut de paiement, des manipulations monétaires pour dévaloriser la monnaie. Mais aujourd’hui, la prime de risque exigée nous semble prendre en compte nombre de ces risques.
– des forces déflationnistes de moyen terme sont en place : une croissance mondiale moindre avec des pays développés qui ne retrouveront plus les taux de croissance d’antan et d’autres pays qui, en se développant, voient leur croissance économique se rapprocher de celle des pays développés. L’Intelligence Artificielle peut devenir un puissant facteur déflationniste avec des gains de productivité qui seront inéluctablement transcrits dans les prix de vente. Et comme nous l’avons vu, le cours du pétrole n’est justifié que par les conflits au Moyen Orient et entre Russie et Ukraine, dont on peut espérer qu’ils finiront par s’apaiser, à défaut de se régler définitivement. Il faut toutefois reconnaître qu’en ce mois de septembre 2026, les facteurs soutenant la hausse du cours du baril sont nombreux et rien de permet de dire si le retour à des niveaux plus raisonnables est une affaire de semaines ou de longs mois. Mais répétons qu’à long terme, le prix du pétrole, avec une offre qui pourra se maintenir (vu les réserves prouvées) et une demande qui finira par diminuer, ne pourra que baisser.
Marchés actions
A contrario, les marchés actions doivent inciter à une certaine prudence, notamment lorsque l’on regarde les valeurs liées à la galaxie IA, Nous pouvons parler pour celles-ci de grande complaisance à défaut d’utiliser le terme « bulle ».
Certes, en 2026, les marchés actions ont, en pourcentage, moins progressé que les profits attendus, notamment aux États-Unis. Ceci est plutôt rassurant et permet normalement d’éviter un « krach boursier » mais cette hausse non stratosphérique en 2026 s’explique par les années précédentes où les marchés progressaient plus que les profits (du « rerating »), par des taux de marge parfois au plus rendant le niveau de profitabilité difficilement soutenable à moyen terme et bien sûr par l’explosion des valeurs IA, du début à la fin de la chaîne, alors que les profits actuels sont très loin de justifier les niveaux de cours. Le marché s’attend à ce que toutes les entreprises IA finissent par obtenir des profits stratosphériques, ce qui n’arrivera certainement pas !
Autre exemple de la complaisance des marchés : Space X ! l’introduction en bourse de la société d’Elon Musk doit à elle seule faire réfléchir : on a incité les particuliers à souscrire massivement comme s’il s’agissait d’un billet de loto gagnant (ce fut le cas à condition de revendre très vite !). Une fois le niveau de cours fixé à un niveau délirant, Space X a ensuite été intégrée dans de nombreux indices, sans respecter les classiques critères de temps de cotation et de profitabilité, Cela a induit une demande artificielle, notamment de la part des fonds de gestion passive qui répliquent les indices (les fameux ETF), ce qui a soutenu le cours de Space X ! Notons que le SP500 est plus propre que d’autres indices, comme le Nasdaq, car il a refusé de déroger à ses critères d’admission et a donc refusé l’entrée de Space X.
Notre prudence sur les marchés actions est aussi justifiée par le niveau de taux qui ne pourra que freiner l’ensemble des acteurs économiques.
Rappelons que des taux à la hausse, c’est une règle de base des marchés financiers, exercent mécaniquement des pressions baissières sur les marchés actions :
– pourquoi aller acheter des actions à risque si le « sans risque » existe? (la dette des Etats même si c’est relatif !). Le marché exige une prime de risque supplémentaire pour les actions et les cours baissent.
– des taux élevés impactent les profits des entreprises (hors prêteurs).
– les bénéfices futurs sont évalués avec un taux d’actualisation plus élevé (le niveau des taux longs) et rendent ces profits futurs moins valorisés à l’instant T, ce qui pèse en particulier sur les valeurs de croissance.
– l ‘activité de l’ensemble des agents économiques (ménages, entreprises, Etats) est freinée lorsque les taux sont élevés
A ce jour, un portefeuille équilibré nous semble devoir détenir un montant de cash significatif pour exploiter tout excès de volatilité, une part d’obligations en hausse (préférer les obligations en euros, le prix de la couverture pour neutraliser l’effet devises ne justifie pas d’investir dans des obligations émises en dollars par exemple) et une part des actions inférieure au poids neutre. Pour ce poste actions, préférer les secteurs défensifs (ou « value ») dont les niveaux de valorisation sont moindres et qui distribuent de plus généreux dividendes.