Le prix du pétrole et les débats sur l’IA toujours à l’ordre du jour

Le prix du baril est toujours un sujet majeur pour l'évolution de l'économie mondiale même si nous persistons à penser que la crise a été, est et restera gérable. Déjà, remarquons que le baril de brut a, et c'est heureux, du mal à enfoncer durablement à la hausse le seuil des 100$

Marché du pétrole :

Le prix du baril est toujours un sujet majeur pour l’évolution de l’économie mondiale même si nous persistons à penser que la crise a été, est et restera gérable. Déjà, remarquons que le baril de brut a, et c’est heureux, du mal à enfoncer durablement à la hausse le seuil des 100$.

Nous y voyons plusieurs raisons malgré la « triple peine » infligée par les conflits au Moyen Orient :

  • conflit entre Etats-Unis et Iran autour du détroit d’Ormuz
  • prise de contrôle par les rebelles Houtis au Yemen du détroit de Bab el Manded donnant accès à la Mer Rouge
  • frappes sur l’oléoduc saoudien qui permet d’évacuer le pétrole en passant par le canal de Suez en évitant les détroits précités.

Même si les tensions autour de toutes ces zones sont importantes, il y a, et c’est heureux, des « trous dans la raquette » : le détroit d’Ormuz continue de voir passer chaque jour des pétroliers qui le franchissent le plus discrètement possible. Le détroit de Bab el Manded n’est pas fermé. Les Houtis ont précisé que seuls les navires saoudiens ne doivent pas le franchir mais il y a peu d’actions militaires à ce jour. C’est le prix de la bienveillance de Donald Trump qui ne souhaite pas intervenir au Yemen tant que les intérêts américains ne sont pas directement frappés. Enfin, l’oléoduc saoudien frappé par des drones semble rapidement réparable pour redevenir, au moins en partie, opérationnel.

Notons également une « élasticité prix » qui fait baisser la consommation de pétrole et aide à normaliser le marché.

Mais nous avons pourtant des prix à la pompe qui sont au plus haut, ce qui peut apparaître paradoxal alors que le prix du brut reste très élevé mais pas à ses niveaux records. C’est là qu’intervient un autre conflit, celui entre Russie et Ukraine. Si les approvisionnements en pétrole brut sont perturbés mais loin d’être interrompus, le véritable problème actuel tourne autour du raffinage. Les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes sont très efficaces et les produits finis viennent à manquer avec en particulier, et nous l’avons tous remarqué, le gazole. Aujourd’hui, et c’est historique, le prix d’un baril de pétrole raffiné double par rapport au prix du brut ! Des discussions ont lieu au sein des gouvernements occidentaux, incluant le gouvernement américain, pour obtenir une trêve des frappes sur les infrastructures énergétiques tant ukrainiennes que russes. Le président Zelensky ne peut ignorer les problèmes qu’il cause aux économies occidentales alors qu’il dépend de leur aide militaire et financière et le président Poutine voit son économie encore plus souffrir avec des exportations de pétrole limitées. Les deux pays devraient donc pouvoir trouver leur compte à un apaisement. Encore faut il adopter une attitude rationnelle dans ce conflit qui dure depuis 4 ans et demi. Or la rationalité n’a pas toujours sa place dans ce conflit où la haine de l’autre importe parfois plus que la défense de ses propres intérêts.

Si nous prenons un peu de hauteur, ce qui n’est pas facile quand on fait le plein aux niveaux actuels, on peut espérer une forme de normalisation d’ici 2027 avec des tensions géopolitiques qui pourraient se réduire, au moins dans certains des points chauds que nous avons mentionné. On peut également citer l’adaptation des consommateurs qui réduisent partout dans le monde leur consommation de pétrole en consommant moins d’énergie ou en arbitrant vers d’autres énergies non fossiles. Et même si cela prend du temps pour augmenter la production, des zones pétrolifères hors du Moyen-Orient telles que celles du Venezuela peuvent potentiellement apaiser les tensions.

Nous avons vu que la situation n’est pas aussi catastrophique alors que certains « Cassandre » prédisaient un cours du baril à 150, 200 voire 250 dollars. L’OCDE vient d’ailleurs de souligner la surprenante résistance de l’économie mondiale avec une croissance pas glorieuse mais pour pour le moins résistante de +2,9% en 2026. La situation du marché pétrolier devrait s’apaiser à moyen terme même s’il est difficile d’imaginer un retour aux niveaux de cours de fin 2025 avant au moins une année.

On fait quoi quand on est banquier central ?

J’ai envie de dire pas grand chose car l’inflation, importante dans tous les pays, est due aux tensions sur le marché du pétrole et pas à une économie en surchauffe. Or les banquiers peuvent, c’est d’ailleurs leur boulot, lutter contre le second point pas contre le premier. Kevin Warsh, patron de la Fed, a annoncé une hausse de 25bp pour porter les taux à 3,75% / 4%. Mais il s’est bien gardé de parler d’un « cycle » de hausse de taux. Il lui fallait surtout, pour rassurer les marchés, montrer qu’il voyait les niveaux d’inflation et qu’il était indépendant du président Trump qui veut des taux à 1%. Notons d’ailleurs la bienveillance du président qui n’a que peu critiqué celui qu’il a nommé récemment en « excusant » cette hausse par un Board (l’ensemble des membres de la Fed) de mauvaise qualité.

Quasi tous les autres banquiers centraux ont agi en relevant leur taux à l’image de la FED.

Que disent les marchés de tout cela ?

Ils affichent une forme de sérénité qui peut surprendre. Les hausses de taux courts n’ont eu que peu d’impact sur les taux longs car ces derniers dépendent plus de facteurs de long terme, comme les finances publiques désastreuses de certains pays ou un coût du capital qui devient plus élevé en raison de besoins de financement publics et privés toujours croissants. Plus de 5% pour le T Note US ou de 3,50% pour le bund allemand sont des niveaux qui auraient fait rêver tout investisseur il n’y a pas si longtemps. Nous conseillons donc des renforcements graduels et modérés sur le marché obligataire. Et pour la France ? Le pays connaît des difficultés qui lui sont propres avec un pouvoir finissant dont le bilan économique est mauvais et jugé comme tel par les marchés. Le « spread » (écart de rendement) entre OAT et Bund qui a récemment, et très nettement, dépassé le seuil des 100bp impose d’agir sur la dette française avec parcimonie en n’oubliant de bien diversifier ses investissements.

Évoquons les marchés actions avec un SP500 qui flirte avec ses points hauts, des marchés européens plus à la peine, dont un CAC40 impacté par la situation franco française. La plupart des autres marchés mondiaux sont un peu en dessous de leur niveaux records mais résistent bien.

Le principal soutien reste l’Intelligence Artificielle. Et les investisseurs, courageux mais pas téméraires, concentrent les investissements sur les tout ce qui est en début de chaîne, à commercer par les semi conducteurs ! Une attitude qui reste constante depuis le début de l’année. Il faut quand même rappeler que ce secteur est historiquement très cyclique avec des marges qui peuvent évoluer très vite à la hausse …ou à la baisse. Aujourd’hui, on a l’impression que les valeurs de semi-conducteurs sont des sociétés qui verront pour toujours une demande exponentielle permettant le maintien de marges stratosphériques. Certes, c’est le cas en 2026 et très vraisemblablement en 2027 puisque c’est après 2027 que les grands noms de l’IA annoncent que les modèles auront atteints les objectifs fixés. Le problème est que les marchés valorisent déjà les profits de 2026 et 2027. Faut il déjà prendre des paris sur les profits de 2028 et au delà ? Cela me semble pour le moins audacieux et je recommande au minimum une position de neutralité. N’oublions pas que le marché de la technologie, avec son principal indice le Nasdaq, est un marché à fort béta. Cela veut dire qu’il monte plus vite que l’ensemble de la côte quand tout va bien mais aussi qu’il se replie plus vite lorsque les marchés doutent. Comme nous ne voyons pas les marchés actions fortement progresser d’ici la fin de l’année et qu’un épisode de volatilité est toujours possible, vous comprendrez que les investissements sur la tech doivent être plutôt réduits, surtout pour ceux qui en ont le plus profité jusqu’à aujourd’hui ! Il n’est plus temps d’aller spéculer sur le Kospi coréen et ses deux « super valeurs » mais, si l’automne arrive (ce qui n’est, je vous l’accorde, pas encore aujourd’hui le cas ni en météo ni en marchés financiers!), il conviendra d’être positionné sur les indices les mieux diversifiés avec des valeurs aux bons fondamentaux et aux valorisations raisonnables !

Portrait d'Antoine Gloanec, consultant Économie & Marchés

Antoine Gloanec est consultant Économie & Marchés et fondateur d’AG Conseil. Ancien directeur des gestions (CIO) de Société Générale Gestion pendant seize ans, il décrypte l’actualité macroéconomique et les marchés financiers et anime des conférences. À propos · LinkedIn

Cette analyse a une vocation d’information et de pédagogie ; elle ne constitue pas un conseil en investissement.

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