Parlons matières premières…

Nous avons évoqué précédemment les 2 sujets principaux pour les marchés en 2026 : Intelligence Artificielle et évolution du prix de l’énergie, à commencer par le prix du baril de pétrole.

Nous allons revenir sur ce dernier point mais également sur d’autres matières premières, à commencer par l’actif star de 2025 : l’or.

Point sur le cours du baril

Celui-ci évolue toujours autour de la barre des 100 $ et cela ne devrait pas fortement changer dans les semaines à venir. Rien de nouveau donc par rapport à notre analyse de rentrée. Le baril va rester cher mais nous ne devrions pas nous diriger vers un marché de pénurie entraînant une nouvelle flambée des cours.

Du côté négatif, on notera que la crise parait sans fin au Moyen Orient avec un regain de tension en Arabie Saoudite où les rebelles Houthis du Yémen arrivent à frapper Riyad, la capitale du royaume. L’aéroport international a été touché, ce qui pose question sur les capacités militaires du pays malgré de colossaux achats d’armement aux États-Unis. Donald Trump, ne souhaitant pas engager ses forces dans un nouveau conflit, reste exceptionnellement discret et refuse pour le moment de frapper les Houthis malgré les demandes répétées de son allié saoudien.

Nous avons également un conflit qui semble sans fin entre Russie et Ukraine. Les deux pays frappent les infrastructures énergétiques de l’autre. Les raffineries russes sont particulièrement visées, avec une grande efficacité. Le Président américain a bien annoncé une trêve devant concerner les frappes sur les installations énergétiques des deux pays mais cette trêve n’a été validée ni par Poutine ni par Zelensky et les hostilités continuent. Il faudra surveiller si l’agacement de Trump va jusqu’à complètement couper le réseau Starlink de Musk. Si c’était le cas, l’Ukraine deviendrait « aveugle » et ne pourrait ni se défendre ni frapper aussi précisément qu’actuellement.

Du côté positif, nous constatons que les exportations en provenance du Golfe Persique continuent malgré toutes les tensions actuelles. Le trafic est partiellement rétabli dans le détroit d’Ormuz, des pétroliers arrivant à circuler discrètement (sans signalisation normalement obligatoire) sans que l’Iran n’arrive à s’y opposer. Et le détroit de Bab el Manded, donnant accès à la Mer Rouge, n’est pas fermé (sauf pour les navires saoudiens). Cela montre que ni Donald Trump ni les Houthis ne souhaitent s’affronter directement. Et si les tensions sont fortes entre ces rebelles et l’Arabie Saoudite, l’oléoduc saoudien, qui permet d’évacuer le pétrole du royaume sans passer par Ormuz et/ou Bab el Manded, et qui avait été frappé en septembre, est aujourd’hui réparé. Partout ailleurs sur la planète, la production de pétrole augmente tandis que la demande mondiale se modère logiquement avec un baril à 100$. Ainsi, cette demande en 2026 ne devrait que très peu croître, autour de 200000 barils / jour (en détail, -200000 b/j pour l’OCDE, +400000 b/j pour les pays hors OCDE). Le marché est donc globalement équilibré sur ces niveaux de 100 $ le baril. Le prix du brut devrait donc rester stable dans les prochains mois, sauf règlement des conflits en cours, ce qui ne semble hélas pas d’actualité.

A plus long terme, le cours du baril ne pourra que baisser. L’offre potentielle est très supérieure à la consommation anticipée. Il faut avoir ce facteur en tête lorsque l’on prévoit l’évolution future de l’inflation et des taux d’intérêt. Mais encore une fois, rien ne permet d’espérer une accalmie avant 2027.

Point sur l’or

Fin 2024, juste après l’élection de Donald Trump, l’once d’or évoluait légèrement au dessus des 2800 $. Certains pensaient (à tort) qu’avec ce nouveau président américain, l’actif de couverture « idéal » serait la crypto monnaie. Les incertitudes générées par les décisions de Donald Trump ont vite fait revenir les investisseurs vers leur anxiolytique préféré : l’or. Ainsi l’once a progressé de 65 % (en dollars) en 2025 pour finir au dessus des 4700 $. la barre des 5000 $ a même été franchie au début de cette année. A ce jour, le cours de l’once d’or s’est replié d’environ 10 % depuis les niveaux de fin d’année et de 20 % depuis les records de début 2026. Il s’établit légèrement sous les 4200 $. Une baisse significative donc mais modérée eu égard à la très forte hausse de 2025.

Ce repli du prix de l’once depuis le début de l’année doit il nous inciter à solder les positions ou à les maintenir, voire à les renforcer ?

Avant de répondre, examinons l’état du marché. Tout d’abord, l’once côte en dollar américain et le cours de l’once est donc logiquement soutenu si la devise américaine flanche, comme en 2025, et subit des pressions à la baisse lorsque le dollar se renforce, ce qui est le cas cette année. Ajoutons qu’après la hausse de 2025 et du début 2026, il était logique que le cours de l’or éprouve le besoin de souffler après avoir atteint de tels records. Autre élément à prendre en compte pour expliquer ce repli du cours de l’once malgré un contexte géopolitique pour le moins tendu : l’évolution des taux d’intérêt. Le rendement de la relique barbare est assez facile à calculer puisqu’il est nul ! Comme les taux ont beaucoup progressé cette année, il est tentant d’aller chercher du rendement, ce qui pénalise logiquement le prix de l’or.

Mais outre tous ces facteurs techniques, quelles sont les facteurs de soutien de long terme qui justifient la détention d’or en portefeuille ? Le principal soutien, qui est durable est selon nous, est l’acquisition d’or par les grandes banques centrales. Ces achats ont en plus l’avantage d’être pérennes car une banque centrale n’a, sauf exception, pas d’ambition spéculative et ne revend pas l’or acheté. Ainsi, à part quelques pays qui ont réduit par nécessité leurs réserves comme la Turquie, pour soutenir sa monnaie, ou la Russie, pour faire face à l’embargo, les autres nations continuent de faire grossir les réserves. Pour les pays rivaux des États-Unis, acheter de l’or est la meilleure façon de se « dédollariser » et de moins subir de potentielles sanctions américaines. La Chine est notamment un acheteur structurel et a encore du chemin à parcourir pour détenir, en proportion, autant d’or que les banques centrales des grands pays occidentaux. La Chine n’a que 9 % de ses réserves en or (2387 tonnes) alors que notre pays, la France, en détient 2437 tonnes soit 61 % de nos réserves. N’oublions pas l’industrie qui est également structurellement demandeuse d’or en raison des propriétés physiques du métal jaune. Cela fait plus que compenser une moindre demande pour la joaillerie.

Précisons que le marché de l’or est un « petit » marché. Il existe aujourd’hui 222600 tonnes d’or détenues sur la planète selon le World Gold Council (l’équivalent d’un cube de seulement 23 mètres de côté!). Et la production annuelle est faible, environ +1,5 % par an, avec des réserves inexploitées estimées à seulement 61000 tonnes.

L’or est donc l’actif idéal pour se prémunir notamment de la création monétaire qui a été tant utilisée ces dernières années.

Vous l’avez compris, si vous avez de l’or gardez le et si vous n’en avez pas, profitez du repli de l’année pour constituer des positions.

Préférez l’or physique aux mines d’or qui sont des entreprises dont les cours sont plus volatils que celui de l’once car dépendant (en plus du cours de l’or) du prix de l’énergie, des coûts salariaux, de la capacité à renouveler les réserves….

L’or physique n’a plus besoin d’être détenu sous le matelas, il existe des ETC (Exchange Traded Commodity) qui, pour chaque titre émis, détiennent en contrepartie de l’or physique conservé dans une banque. L’ETC Or d’Amundi fait référence en Europe.

Autres métaux

Les métaux « industriels » (cuivre, étain…), grâce au boom de l’Intelligence Artificielle, restent très recherchés encore cette année. Le fer est un des rares métaux délaissé en raison principalement de la crise immobilière persistante en Chine qui impacte les projets de construction.

Les matières premières agricoles connaissent des variations de cours erratiques très liées au climat. La visibilité est donc faible.

Synthèse

En résumé, nous préconisons de ne pas être haussier pétrole à moyen terme et d’éviter les matières premières agricoles car trop spéculatives. Il convient de privilégier les matières premières industrielles et, en tout premier lieu, l’or car il présente l’avantage unique d’être un actif de couverture pour les investisseurs, y compris les banques centrales.

Portrait d'Antoine Gloanec, consultant Économie & Marchés

Antoine Gloanec est consultant Économie & Marchés et fondateur d’AG Conseil. Ancien directeur des gestions (CIO) de Société Générale Gestion pendant seize ans, il décrypte l’actualité macroéconomique et les marchés financiers et anime des conférences. À propos · LinkedIn

Cette analyse a une vocation d’information et de pédagogie ; elle ne constitue pas un conseil en investissement.

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